• Aumônier d’hôpital : des rencontres qui mènent à Dieu

    Régine est aumônier d’hôpital à Montpellier et nous partage une des belles rencontres qu’elle vit au quotidien dans sa mission.                                                                                                  Régine à la chapelle de l’aumônerie

    Pour des raisons de discrétion, le prénom de la personne a été changé.

    C’est la fin de l’après-midi, j’arrive en service de chirurgie et demande aux soignants s’il y a des patients à visiter : « Oh oui nous ne savons plus quoi faire avec Mme C. tellement elle est angoissée ». J’arrive à sa porte, une jeune femme assise sur son lit m’accueille un peu surprise, tendue et les traits tirés. Elle s’allonge, beaucoup de tuyaux de tout côté, elle souffre et a du mal à reprendre son souffle. Puis me parle d’une voix à peine audible, qu’elle doit aller au bloc opératoire, qu’elle attend depuis longtemps. Elle se présente, elle s’appelle Marine, une quarantaine d’années. J’aperçois sur la table de nuit une photo d’une petite fille, c’est sa fille de quelques années. Marine pleure en me parlant d’elle, elle ne l’a pas vue depuis décembre date de son hospitalisation : c’est extrêmement dur pour elle ! Je m’assoie auprès d’elle, lui parle lentement, j’essaie de l’apaiser, lui chante « Ne crains pas ». Je lui demande si elle est croyante, elle me dit qu’elle n’est pas baptisée. Elle me demande de revenir la voir demain. Je lui dis que je vais allumer un cierge à la chapelle et écrire son prénom et celui de sa fille sur un galet à côté du désert. Je la laisse un peu plus apaisée.

    La chapelle avec les galets où les prénoms sont inscrits

    Le lendemain, quand j’arrive auprès d’elle sa maman est là. Tout de suite elle me dit que Marine lui a parlé de moi. Marine me dit avec un petit sourire que hier soir tout en partant au bloc, elle avait dans la tête ‘Ne crains pas’. Je lui montre en photo la chapelle et le petit galet. Elle me regarde avec insistance et me dit ‘je veux être baptisée’. Et là, sa maman fond en larmes. Elle me raconte « je suis issue d’une famille nombreuse, nous avons dû être tous placés, j’avais cinq ans j’ai été envoyé dans un institut religieux jusqu’à l’âge de quinze ans, j’ai vu des choses trop dures et me suis dit que jamais je ne ferais baptiser mes enfants ! Et là, ma fille qui ne vous connait que d’hier, demande le baptême, mais je respecte son choix. » Marine me demande « je voudrais apprendre à prier », nous faisons lentement le signe de croix et je lui lis une prière, elle se réjouit « c’est tout à fait ce que je porte ». Elle a bien compris prier c’est parler comme à un ami.

    Le dialogue avec le Seigneur se fait en parlant comme un ami parle à un ami… ES 54 – St. Ignace de Loyola.

    Elle me parle un peu plus de sa vie. Je lui laisse un petit feuillet avec des prières pour le temps de l’épreuve de la maladie. Elle désire que je chante auprès d’elle. A notre troisième rencontre, elle est fiévreuse, mais désire que je reste un peu auprès d’elle. Une nouvelle demande : « je souhaite recevoir l’onction des malades ? ». Elle me questionne sur mon air un peu surpris. Elle a lu dans le petit feuillet. Je lui explique qu’il est nécessaire d’être baptisée. Elle me redit combien Jésus est entrée dans sa vie et la soutient. Je lui laisse une petite croix et une médaille à son cou, elle est très émue. « Il sera là maintenant encore plus proche de moi ! ». C’est le w-e je pense et prie pour elle. Il me semble important que nous puissions vivre avec elle une petite célébration. Je ne sais si son pronostic vital est engagé mais c’est très grave.

    J’envoie un mail à un des prêtres aumôniers en lui expliquant la situation. Il est disponible pour la rencontrer mardi après-midi ! Mon cœur chante au fond de moi le MAGNIFICAT !

    Régine, Petite Soeur de St François

  • L’école malgré tout

    Depuis la fin du mois de mars, tous les petits Centrafricains étaient au village, occupés aux travaux manuels quotidiens : qui au champ avec maman, qui au petit commerce de ses parents, qui à la chasse ou au chantier de diamant pour les plus grands… Entre temps, le ballon rassemblait joyeusement les garçons.

    Nos CM.2 de NGOTTO-Centre ont particulièrement souffert de cette période. Car, outre la fermeture de l’école qui empêchait leur préparation des examens, ils ont perdu en juin leur enseignant, Eric, d’une maladie qui s’est subitement aggravée. De main de maître, c’est lui seul qui encadrait cette classe de 86  adolescents… dont quelques-uns étaient plus férus des activités villageoises que du calcul et de la lecture! C’était un maître expérimenté qui aimait beaucoup ses élèves. Nous avons essayé de le sauver, en vain.

    Quand il s’est agi de reprendre l’école début juillet, pour dispenser le programme du 3ème trimestre et préparer activement les examens de fin de CM.2, il a fallu faire recours à trois enseignants et partager ce gros effectif en trois salles afin de respecter les conditions sanitaires du Ministère de l’Education.

    Dans chacune de nos écoles paroissiales villageoises, nous avons fait de même. Ainsi nous avons pu offrir aux enfants sept semaines de classe, qu’ils ont fréquentée sans absence. Cela a traduit une réelle motivation: car en cette période pluvieuse de l’année, la Lobaye vit au rythme de la récolte des

    chenilles !

    Parmi nos vaillants élèves du CM.2: Martin, l’un de nos élèves Pygmées Akas, de TOUANDJIO, à 8 kilomètres. Il a suivi l’école depuis des années, d’abord le CI-CP au campement, puis à Ngotto à partir du CE.1 , jusqu’au CM.1 où il a du se marier, …construire sa maison, et travailler pour entretenir sa jeune femme puis le bébé, dans le respect des traditions.

    Ceci devenait difficilement compatible avec la fréquentation assidue de l’école. Martin était bon élève, calme et posé. Alors, nous avons quelque peu fermé les yeux sur ses absences et adapté son parcours scolaire pour l’aider et lui permettre de finaliser sa scolarité primaire.

    Ce 12 septembre 2020, il a obtenu son Certificat d’Etudes Primaires (C.E.F1) !

    Sachant lire, écrire et parler les rudiments du Français, il sera dans son milieu une personne ressource et respectée, et probablement un bon père de famille. Et aussi tout naturellement, un acteur de la cohésion sociale entre les populations bantoue et pygmée, en ayant lui-même fait l’expérience. Plusieurs cadets le suivent, ils seront cette année dans les classes du CE.1 au CM.2.

    En période de fermeture des écoles, nous sommes aussi allées à la rencontre de nos élèves Pygmées dans leur campement. Ici, Sr Prisca avec Apollinaire, élève au CE.1 à NGOTTO et Eudoxie, maman d’élève au campement de TOUANDJIO.

  • L’école buissonnière durant la crise

    L’interruption des cours, chez nous, est arrivée au début de la saison des pluies. Temps des travaux champêtres et du renouveau de la nature: défrichage, semailles…

    Sœur Aida qui, en marge de son travail d’institutrice à l’école de NGOTTO, encadre plusieurs enfants et adolescents pour leur permettre de poursuivre leur scolarité malgré les difficultés du milieu familial, a eu l’idée de défricher un espace resté libre à côté du champ de la fraternité, tout près de la maison. Ainsi, les élèves venus du village pourraient cultiver et bénéficier de la récolte pour leur subsistance pendant l’année scolaire loin de leur famille.

    Et ainsi fut fait.

    1,2,3, c’est parti ! Défricher, entourer avec du bambou coupé en forêt (pour faire obstacle aux cabris et cochons du village), retourner la terre, semer… Les enfants de BABOUNDJI sont revenus pour l’occasion. Mais ce n’était pas un petit travail. Il a fallu appeler d’autres camarades en renfort !

    Comme nous, les Sœurs, avons l’occasion chaque année de donner  un « coup de pouce » à plusieurs enfants dont les familles ne peuvent plus subvenir aux frais d’écolage (et qui, pour cette raison, risqueraient de laisser l’école) tout naturellement, ces jeunes ont rejoint les premiers pour travailler main dans la main avec Sr Aida.

    Et la friche s’est peu à peu transformée en belle terre cultivée. Ce mois de septembre, nous en sommes à la récolte des arachides et du maïs.

    Et ce n’est pas tout. Pour s’entraîner à la rédaction, épreuve importante du concours d’entrée en 6ème, les enfants ont eu à raconter leur travail. Fabrice et Francelin se sont pris au jeu et ont cherché à améliorer leur premier brouillon, tenant compte des corrections et conseils.

  • Be Oko, d’un seul coeur !

    Cette année, bouleversée par la pandémie imprévisible, a mis le monde au diapason d’un nouveau mot, « confinement », créant un espace de communion inattendu. Nous aussi, en Centrafrique, nous avons dû nous protéger, fermer les écoles, limiter la participation au culte dans les églises à 15 personnes. Nous avons tremblé, en imaginant ce que deviendrait l’Afrique si la vague déferlait comme en Europe, tant les moyens de prévention et de soin étaient précaires. Jour après jour, une même supplication vers Dieu s’est élevée des églises, des chapelles, des familles, des postes de radios…, à l’aide d’une belle prière composée par nos évêques.
    L’économie s’est trouvée, comme partout, ébranlée, les plus pauvres et les plus malades, en ont pâti. Mais le virus n’a pas terrassé le pays. Singila na Nzapa !
    Nous, les Petites Soeurs, avons essayé de poursuivre nos activités au maximum. La vie en Centrafrique ne s’est finalement pas arrêtée à ‘Coronavirus’, loin de là… Combien de fois, surtout au village, nous avons pris conscience que nous faisions partie des plus privilégiés de la planète !

    Au Foyer Saint François aussi, la vie a été marquée par la pandémie. Par précaution, les quatre jeunes ont du regagner leur famille pendant quelque temps. Comme pour tous les lycéens de la planète, leurs cours se sont arrêtés. Mais ici, pas de cours en ligne ! et peu de possibilité d’étudier au quartier par ses propres moyens. Voilà l’une des conséquences sur les populations plus vulnérables – les jeunes et les enfants en Afrique – de la crise sanitaire.

    En Centrafrique, l’école a repris progressivement pour les classes d’examen à la période habituelle des grandes vacances, et les épreuves ont été reportées aux mois de septembre et octobre.

    Les CM2 ont composé du 9 au 12 septembre (C.E.F1 et Concours d’entrée en 6ème). Les élèves de 3ème ont passé le Brevet des Collèges la semaine du 22 septembre et pour ceux de Terminale les épreuves du Bac auront lieu mi-octobre. Pour ces derniers, les rattrapages et résultats ne seront que pour décembre.

    Continuons à rester unis les uns aux autres, à prendre soin les uns des autres…

  • Prévention du coronavirus dans les villages de Centrafrique

    A Ngotto, Sœur Rosine a courageusement chaussé ses bottes et pris la moto par les pistes boueuses pour parcourir plusieurs villages à la rencontre des agents de santé villageois et de la population. Elle a cherché à expliquer la maladie, sensibiliser aux gestes barrières, distribuer des prospectus qu’elle s’était procurés au Ministère de la Santé lors d’un déplacement à Bangui.

    Devant la pharmacie, à l’entrée de la Communauté, dans nos écoles, devant l’église… un peu partout ont fleuri des seaux plastique à robinet, emplis d’eau javellisée, accompagnés d’un morceau de savon et de l’affiche explicitant par dessins les gestes barrière.

    C’est grâce à l’aide reçue d’une Communauté amie en France que nous avons pu apporter notre petite pierre à la lutte contre le COVID et éveiller les consciences, qui loin du virus, avaient peine à comprendre ces changements de comportements.

     

    A Bangui, notre Petite Sœur Lydie, en tant qu’infirmière coordonnatrice Diocésaine de la Santé (CODIS) va travailler dans plusieurs villages pour sensibiliser la population à la pandémie du coronavirus. Elle est parfois accompagnée par une autre Petite Soeur, comme Diane qui témoigne :

    « J’ai eu l’occasion d’aller avec elle dans un village situé à 35 kilomètres de BANGUI. C’était un dimanche, à l’occasion de la célébration à l’église. Nous avons été très bien accueillis par la population.

    La Petite Sœur a parlé des mesures barrières pour éviter la contagion. C’était la première fois  qu’ils recevaient du matériel pour lutter contre la maladie.

    Cela a été une grande joie pour moi de participer à  cette sensibilisation, d’éveiller la connaissance de nos frères et sœurs pour éviter la contamination par le virus, pour leur apprendre à se protéger et  à protéger aussi leurs proches. »

  • Du nouveau à l’atelier de bougies en Centrafrique

    Depuis longtemps, nous les Petites Sœurs de Saint François de Centrafrique, nous disposons d’un atelier de fabrication des bougies comme activité génératrice de revenus, pour nous aider à répondre aux besoins du Secteur.

    Aujourd’hui, nous venons d’ouvrir une boutique pour diversifier notre activité. Nous commençons à vendre divers objets, par exemple des  livres de prière, chapelets, etc…

    Plusieurs Petites Sœurs de France ont déployé des efforts pour nous aider en envoyant des objets qui pourront enrichir les étagères de la boutique. Cela est arrivé par l’intermédiaire de l’Economat Général.

    A nouveau, nous avons reçu beaucoup de pains de cires et de godets de bougies-veilleuses, récupérés par beaucoup d’entre vous. Cela nous aidera beaucoup.

    Notre amie, Madame Véronique, nous a beaucoup aidées pour l’équipement de cet espace, en son nom propre et avec l’aide d’une fondation. Grâce à elles, nous avons pu faire une installation solaire pour l’électricité, refaire les peintures, et divers aménagements et équipements.

    Avant cela, l’ancien bâtiment a été transformé grâce à un projet pris en charge par la Congrégation.

  • Visite des personnes malades et en situation de handicap

    La Petite Sœur Marcelline a poursuivi sa mission quotidienne dans le cadre de l’Aumônerie des Malades.

    « Ma mission consiste à visiter et secourir les malades hospitalisés les plus démunis, mais aussi à assurer un suivi à domicile une fois qu’ils sont libérés. Notre équipe d’Aumônerie est composée de plusieurs personnes. Nous identifions les personnes dans le besoin et nous nous répartissons les visites : à l’hôpital et au quartier. Parfois, les médecins nous font appel quand se présentent des patients sans famille, donc sans prise en charge possible des soins, et sans soutien. Nous travaillons toujours en bonne collaboration avec les Responsables des services hospitaliers.

    Je visite actuellement plusieurs personnes à domicile.
    Par exemple, cette maman qui a perdu son mari, tué pendant les violences des années passées. Elle a fait par la suite une dépression, et souffre actuellement d’hypertension. Seule chez elle, je la visite, elle me téléphone quand ça ne va pas. C’est moi qui la conduis à l’hôpital quand elle doit faire ses contrôles ou traiter le paludisme. Quand il y a une prescription du médecin, je lui procure les médicaments grâce aux partages que nous recevons à l’Aumônerie des Chrétiens et des Mouvements de nos paroisses, et aussi grâce au soutien de l’Entraide Missionnaire de l’Anjou à la mission des Petites Sœurs en Centrafrique. Etant soignante à la retraite, j’assure souvent les traitements nécessaires (injections, sérums…), je surveille la tension, etc…
    Je procure aussi un soutien spirituel en priant avec les malades, en portant la communion à ceux qui le demandent. C’est toute une mission de présence et de partage fraternel avec mes frères et sœurs malades.»
    Petite Sœur Marcelline, Aumônerie des Malades

    « Nous, au Centre de Rééducation, nous continuons notre mission auprès des patients handicapés. Nous accueillons les parents qui viennent frapper à la porte du C.R.H.A.M (Centre de Rééducation pour les Handicapés Moteurs) pour les soins de leurs enfants ou leurs proches.
    Depuis la période de perturbation des activités dans le monde entier à cause de la pandémie du coronavirus, nous avons, comme tout le monde, pris des dispositions pour respecter les consignes données: porter le masque, respecter la distance d’un mètre. Mais le Centre n’a jamais été fermé. Ces derniers temps, plusieurs enfants et adultes ont été opérés. »
    Petite Sœur Grâce, rééducatrice à BANGUI

    Sr Grâce, avec Gracia, qui commence à marcher et est fière de parler français !

  • Un Dieu en pandémie ?

    Un Dieu « anti-pandémique », un Dieu « post-pandémique »

    ou un Dieu « dans la pandémie » ?

    Michael P. Moore, Frère Mineur Franciscain (Hermano de la Provincia argentina San Francisco Solano, desde 1986. Actualmente reside en Salta, ciudad ubicada al norte de Argentina. Doctorado en Teología Fundamental por la Universidad Gregoriana de Roma).

    Publié dans Digital Religion le 27 mars. Traduit de l’espagnol par Jean Claude Sauzet.

    Adaptation libre et sous-titres par Guy Aurenche

    Il convient d’en parler.

    « A propos de ce dont on ne peut pas parler, il est mieux de garder le silence », a déclaré le philosophe autrichien L. Wittgenstein. Il faisait référence à des « thèmes » comme ceux que je veux réfléchir brièvement : Dieu, le monde, la liberté etc. « Ce dont vous ne pouvez pas parler … » Je pense qu’il vaut mieux essayer d’en dire quelque chose, avec respect, mais avec clarté et fermeté (du moins, avec la clarté et la fermeté que les choses de la foi nous permettent). Parce que ce qui est en jeu dans ces situations est – ni plus ni moins – que notre image de Dieu : qui est le dieu sur lequel ma foi est basée et comment se rapporte-t-elle à nos histoires ?

    Humainement, il est compréhensible que, dans des situations de grandes calamités, l’homme – d’hier et d’aujourd’hui – aille à Dieu ou aux divinités – quel que soit leur nom – pour résoudre ce que nous et les sciences ne pouvons pas résoudre …  surtout quand le plus beau cadeau que nous ayons est menacé : la vie.

    Que Dieu intervienne !

    Plus précisément, en ces jours où nous sommes sérieusement en proie à une pandémie, on voit, dans différents secteurs de l’Église – et je me réfère spécifiquement à l’Église catholique, à laquelle j’appartiens – des recours aux chaînes de prière, demandes d’intercession aux saints, prières devant des images (supposées) miraculeuses, etc.  De sorte que, par sa médiation, Dieu intervienne  et arrête le fléau, ou du moins réconforte le cœur brisé. Cette attitude suppose, à un niveau préconscient, que Dieu peut le faire et qu’il le fera peut-être, si nous insistons « avec beaucoup de foi ».

    Inévitablement, si nous réfléchissons un instant à cette position, nous nous retrouvons avec des invraisemblances qui ne font qu’infantiliser ou affaiblir la foi : si Dieu peut éviter ce malheur, pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant ? (Nous supposons que nous avons déjà surmonté l’image d’un dieu qui a envoyé des malheurs comme punition ou comme défi).

    Dieu a-t-il besoin de nous pour le convaincre d’intervenir ?

    On donne à croire que nous sommes beaucoup plus miséricordieux et attentifs aux souffrances du monde que Dieu lui-même. (Voir sur ces sujets, le théologien espagnol A. Torres Queiruga, qui « définit » Dieu précisément comme « Anti-mal »). Cela implique que Dieu soit un Grand Magicien qui, du « ciel » et de temps en temps – très peu souvent, soit dit en passant – intervient à coups de baguette magique pour interrompre le cours des lois et des libertés et ainsi éviter la souffrance des hommes.

    C’est la responsabilité des hommes et pas de Dieu.

    Le COVID 19 existe parce que les virus font également partie d’un monde fini et toujours en évolution. Celle-ci est bien le seul moyen de création pour un créateur. Le frein à ce fléau dépend de la découverte du vaccin nécessaire, et c’est le travail et la responsabilité de l’homme, pas de Dieu.

    L’histoire est entre nos mains … et nos mains, soutenues par Dieu (si je peux me permettre une telle métaphore anthropomorphique ; c’est Dieu qui « fait » les hommes). Au motif que nous ne pouvons pas enlever au croyant son dernier espoir que « Dieu peut faire quelque chose » – si nous sommes nombreux à insister – nous offrons à l’homme un antidote que nous savons fausse, car cela ne le guérira pas. Cela ne me semble pas honnête. Une autre position – très différente – est celle du croyant qui sait qu’il est habité, soutenu et accompagné par l’Esprit et l’exprime dans sa prière ; ce croyant sait que sa vie est plongée dans une autre vie dont il est né et dans laquelle il reviendra. Il ne croit pas que la mort ait le dernier mot…. Même si, l’avant-dernier … est très douloureux !

    Ces brèves lignes auraient besoin de plus d’explications (par exemple, pour surmonter le fondamentalisme biblique), car il y a beaucoup d’enjeux. Nous traînons des années de catéchisme qui a condamné de nombreux croyants à l’infantilisme ou conduit  beaucoup d’autres à s’éloigner de Dieu. Nous devons marcher vers une foi adulte qui nous permette de dire un mot de la foi à la hauteur des circonstances actuelles. « Soyez toujours prêts à donner raison de votre espérance à tous ceux qui vous le demandent, mais faites-le avec humilité et respect » (1 P 3.15).

    Amour ou toute puissance ?

    Il est nécessaire d’arrêter de faire peser sur Dieu la responsabilité de freiner  ce mal qui sévit aujourd’hui chez de nombreux hommes et femmes. Dieu n’envoie pas de souffrances au monde ni, à proprement parler, ne les « autorise » pas, puisque cela supposerait de croire que, pouvant les éviter, Il ne le fait pas. « Quel père, quelle mère ne feraient pas tout ce qui est leur en pouvoir pour minimiser la douleur de leurs enfants ? » (A. Torres Queiruga). Si, comme nous les chrétiens l’affirmons, Dieu est amour, il serait contradictoire à son essence de penser qu’étant en mesure d’éviter la souffrance il ne le fait pas pour une raison « mystérieuse ». Par conséquent, clairement, nous devons repenser également le thème de la soi-disant « toute-puissance divine ». Mais je préfère dans cet espace répondre non pas à la discussion hypothétique et théorique, mais à un fait concret. J’ai donc intitulé ces lignes de l’idée d’un « Dieu post-pandémique ». Je m’explique.

    Face à la croix de Jésus.

    Nous, chrétiens, croyons que Dieu s’est révélé d’une manière complète – mais pas unique – dans l’histoire de Jésus de Nazareth dont la vie se termine par l’échec de la croix (J. I. González Faus) – nous omettons souvent la résurrection -. Au milieu de ce scénario de douleur, les évangélistes mettent dans la bouche de ceux qui contemplent le crucifié, une sorte de supplication, comme un défi : « Si c’est le Fils de Dieu qu’il descende  de la croix et ainsi nous croirons en lui … » (Mt 27, 40 ; Mc 15,31 ; Lc 23,35). Cette attitude est extrêmement compréhensible, j’ose dire « très humaine ». Je pense que c’est celle de chaque croyant – de n’importe quelle croyance – face au mystère de la douleur : demander à être descendu de la croix. C’est ici, me semble-t-il, qu’est née une grande partie de la nouveauté paradoxale du christianisme : parce que le Père ne descend pas son Fils bien-aimé de la croix, il meurt. Et il meurt souffrant, sans succès, seul, oscillant entre le désespoir (Mc 15, 34) et la remise confiante (Lc 23, 46).

    Alors, les chrétiens, c’est-à-dire nous qui mettons  le centre de notre foi dans l’histoire de Jésus, devons faire de la théologie après ce fait concret : Dieu ne l’a pas dé-cloué « miraculeusement » de la croix. Faire de la théologie, penser la foi à l’âge adulte signifie assumer ce fait dur de la réalité et se demander : s’il n’est pas intervenu dans le destin de son Fils – parce que cela aurait impliqué de violer la liberté des hommes qui avaient décidé que sa proposition était inutile – avons-nous le droit d’exiger qu’il le fasse dans nos histoires ?

    Il ne « saute » pas la mort.

    Sur la croix Il y a aussi une révélation : il nous est dit quelque chose d’important sur Dieu et sur la vie, sur les victimes et les bourreaux. La première évidence : notre Dieu respecte l’autonomie de ses créatures et de sa création ; et, deuxième évidence : le pouvoir scandaleux de l’injustice sur le bien, des bourreaux sur les victimes. Cependant cette violence n’a que l’avant-dernier mot. Chrétiens, nous croyons à la résurrection, comprise non pas comme la renaissance d’un cadavre, mais comme le triomphe de la vie sur la mort : Dieu a le dernier mot et relativise ainsi la puissance de la mort. Mais, n’oublions pas qu’il ne la « saute » pas mais il la traverse : Jésus se lève après sa mort.

    Le Père ne le descend pas de la croix et le sauve de la tombe. J’insiste sur ce point pour ne rien retirer de « l’obscurité » dense de la mort qui est la plus haute expression de notre fragilité. D’une certaine manière, Dieu nous « comprend » parce qu’il souffre la mort de son premier-né – et continue de souffrir chaque mort de chaque fils – ; mais, même souffrant, il ne fait pas le « miracle ». Et notez que les Juifs pieux ont dit que si ce présage s’était produit (qu’il soit descendu de la croix), ils croiraient en lui … D’autant plus que l’on peut se demander : Jésus n’est-il pas venu pour que nous croyions en lui, son message, et dans le Père. Alors qu’est-ce que cette « abstention » nous montre ? Pourquoi n’va-t-il pas fait ce « petit effort » et tout le monde aurait cru – hier et aujourd’hui – en lui ?

    Théologie en période de pandémie.

    Dieu ne négocie pas sa manière d’être et de travailler selon nos conditions. Notre foi ne peut pas dépendre de ces interventions pseudo-miraculeuses. Au moment où j’écris ces lignes, aujourd’hui et seulement en Italie (mi-mars 2020), plus de 600 personnes sont mortes, plus de 600 enfants de Dieu. Ce ne sont pas des chiffres ; ce sont des vies et ce sont des histoires. Et ce sont des familles qui sont détruites. Personnellement, je fais de la théologie après la croix, après la pandémie. Et je me demande – encore une fois – qui est et comment est mon Dieu. Et tout comme je n’ai pas demandé pour ma mère qu’Il la délivre de souffrir en mourant, je ne le ferai pas non plus aujourd’hui. Je découvre le Dieu en qui je crois, soutenant tant d’hommes et de femmes qui, dans ces moments risquent leur vie pour que d’autres vivent. Et je renouvelle – dans le clair-obscur de l’histoire, ma profession de foi pleine d’espoir qui me murmure : la mort n’a pas le dernier mot. Mais oui la mort a les avant-derniers mots qui sont un scandale et une souffrance extrême.

    J’essaie de réfléchir et d’inviter à une lecture de la foi sur cet événement douloureux dont souffre une grande partie de l’humanité. Pour les croyants et pour les chercheurs de sens, en ces moments de douleur, le regard du cœur se tourne vers le ciel en demandant pourquoi Dieu ne fait pas quelque chose ? Où est-il alors que tant de ses enfants se détruisent dans la douleur et glissent lentement vers la mort ? Y va-t-il vraiment un Dieu … et s’il existe, à quoi ressemble-t-il ? Ce sont des questions auxquelles je n’ai pas l’intention de répondre de manière exhaustive; mais en tant que croyant – et en tant que théologien – la vie et, en ce moment, son côté obscur, me mettent au défi de dire quelque chose qui me console, qui me soutienne, qui continue de m’encourager et qui ne se résout pas dans la position qui, (à mon avis semble un peu fidéiste) répète : face au mal, vous devez fermer les yeux et l’intelligence parce que c’est un mystère … comme Dieu l’est.

    Dieu souffre avec…

    Sans aucun doute, Dieu est essentiellement un mystère qui, même après s’être révélé, reste tel ; et  cela est exacerbé lorsque nous mettons en dialogue le couple Dieu-mal. Mais cela ne nous inhibe pas. Bien au contraire, je pense que cela nous pousse à essayer de dire quelque chose. Avec peur et tremblement. Mais quelque chose. Nous regardons dans le mystère, nous osons balbutier quelques mots, même s’ils sont provisoires. Si j’ai ainsi parlé d’un « Dieu anti-pandémique » et d’un « Dieu post-pandémique », j’aimerais maintenant essayer de découvrir quelque chose de Dieu au milieu de cette réalité : un « Dieu dans la pandémie ». La thèse est que d’une manière ou d’une autre – et j’insiste sur cette qualification – Dieu souffre dans et avec ceux qui souffrent de ce fléau, et Il sauve aussi avec et par tant de personnes qui risquent leur vie pour que d’autres vivent.

    Je suis conscient du risque d’anthropomorphisation que cela implique ; mais je préfère prendre ce risque plutôt que de postuler un Dieu indifférent et oisif, ou un Dieu miraculeux qui n’a pas encore décidé d’arrêter cette pandémie – parce que peut-être nous ne l’aurions pas encore convaincu sur la base des supplications et des offrandes -. Au moment où j’écris ceci, les victimes officiellement reconnues dépassent déjà de loin les 13 000. Parmi les nombreux textes bibliques que j’ai pu choisir comme déclencheur de cette réflexion, je veux m’arrêter à un seul, car je pense que c’est le plus explicite. Je fais référence au passage de Matthieu dit « du jugement dernier » Mt 25,31-46. Enveloppée dans le langage apocalyptique de l’époque, l’une des vérités les plus importantes du christianisme est contenue dans l’impossibilité de séparer l’amour de Dieu de l’amour de l’homme, et la nécessité de trouver Dieu en l’homme et l’homme en Dieu. Plus concrètement, le texte parle de l’homme qui souffre de maux différents : faim, pauvreté, exclusion, prison, maladie … et il est urgent d’étendre la liste à tant d’autres « nouvelles » souffrances que souffrent nos contemporains. Mais, pour le moment, il est significatif que Jésus parle spécifiquement du mal de la maladie. Et qu’il se déclare identifié à celui qui en souffre : « chaque fois qu’ils l’ont fait … ils me l’ont fait ». La clé est dans ce verset 40 : « pour moi » ; en effet, « le verre d’eau donné aux pauvres ne pourrait pas atteindre le Christ si la soif de ces pauvres ne l’avait pas atteint au préalable » (J. I. González Faus).

    Il y a une identification en vérité – si je peux être si audacieux –  et non d’abord comme un signe (sacramentel). Jésus ne dit pas « c’est comme s’ils me l’avaient fait », mais « ils me l’ont fait ». De là découle une première révélation : d’une manière ou d’une autre, Dieu souffre par son Fils dans la souffrance de chaque homme avec lequel il continue de s’identifier. Il y a une sorte de « prolongation » du Crucifié dans la chair blessée des hommes et des femmes encore crucifiés, aujourd’hui, dans cette pandémie. C’est pourquoi nous intitulons ces lignes « Dieu dans la pandémie », comme une invitation à essayer de découvrir où se trouve notre Dieu au milieu de cette nuit noire. Et la réponse qui découle du texte évangélique est : Dieu souffre avec celui qui souffre. Comme le prophète Isaïe proclame aussi : « dans toutes leurs afflictions, il a été affligé » (Is 63,9). Bien sûr, pour beaucoup, cela ne suffit pas. Parce qu’ils préféreraient non pas un Dieu qui souffre avec eux mais un Dieu qui évite la souffrance, qui ne souffre pas ou ne permet pas la souffrance. C’est humainement compréhensible. Mais est-ce cela qui est révélé dans le Crucifié ? Pour cette raison, comme nous l’avons suggéré, le thème de ce mal concret nous invite à repenser qui est le Dieu auquel nous croyons.

    Éviter la souffrance de Dieu dans l’histoire.

    Dans le texte que nous commentons, une autre révélation scandaleuse est proposée comme réponse : Dieu est présent non pas comme celui qui évite la douleur du monde, mais comme celui qui la souffre et la supporte et, par conséquent, c’est l’homme qui est appelé à éviter la souffrance de Dieu dans l’histoire. La question que l’homme adresse au ciel au milieu de sa douleur, « pourquoi ne faites-vous pas quelque chose ? », Dieu la renvoie à l’homme par son identification avec la victime. Et de là, il nous demande de soulager sa douleur, qui est la même que celle de sa créature. Dieu est celui qui souffre et c’est l’homme qui est appelé à donner le verre d’eau pour étancher sa soif, qui est la même que celle des assoiffés. Aujourd’hui, c’est l’homme qui est appelé d’urgence à aider – par tous les moyens possibles – dans cette pandémie. Ainsi, encore une fois, la discrétion « insupportable » de Dieu se révèle à nous (Ch. Duquoc) qui affirme l’autonomie totale de l’histoire et qui n’intervient qu’avec l’appel silencieux de son amour. Dieu comme solidarité qui accompagne, et non pas comme puissance qui intervient et revendique (J. I. González Faus). Ou qui ne le fait qu’à travers tant et tant de gens qui, dans ces moments précis, risquent leur vie au profit d’un autre … généralement inconnu. Une gratuité totale. Et peu importe au nom de qui ils font ce qu’ils font : cela est clair dans le passage de Matthieu. Tous déclarent qu’ils n’ont pas rencontré Dieu, c’est-à-dire qu’ils n’aident pas «au nom de Dieu ». Cependant, le salut y est en jeu. Et je veux étendre le sens de ce mot si ambigu dans le langage de la foi, vers l’au-delà : vivre sauvé, ici et maintenant, signifie avoir trouvé un sens complet à la vie. Au risque de perdre la sienne.

    La réalité insolente du mal et de la douleur dans le monde – qui provient aujourd’hui du virus COVID 19 – pousse le scandale et la protestation de la foi, à douter plutôt qu’à consentir. Mais cela peut aussi être l’occasion de purifier cette même foi et de découvrir ce qui est essentiel en elle. Pour ma part, je voudrais conclure, avec l’exhortation que Jésus lui-même nous fait : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » (Mt 9,13 ; 12,7). Tant que Dieu ne deviendra pas « tout en tous » (1 Co 15, 28), la souffrance continuera dans le monde. En attendant, il s’agit de découvrir un « Dieu en pandémie » et de pratiquer la miséricorde, pour soulager notre douleur, qui est la sienne.

  • Petit écho du matin en Centrafrique !

    Cette photo vous le montre… chez nous aussi, c’est la saison sèche, avec ses grandes amplitudes thermiques selon les heures de la journée. Les matins sont frisquets, alors qu’à midi, le soleil au zénith fait monter haut le mercure.

    Au village, dès le lever du jour, c’est autour du feu de bois que les enfants cherchent à se rassembler en quittant leur moustiquaire. Ici, il a été allumé dès le réveil par la grande sœur, qui a aussi mis la marmite d’eau à chauffer et balayé les abords de la maison.

    Ce sont les gestes familiers du matin dans toutes les familles centrafricaines. Ici, les plus grands espèrent un peu de café chaud avant de se laver le bout du nez et d’enfiler leur tenue pour partir à l’école.

    Mais à côté de cette famille chanceuse, combien d’enfants au village resteront, sans petit déjeuner, avec la seule perspective de suivre la maman au champ ou au marigot pour chercher l’eau et le repas de la journée.

    Pour vous abonner à notre revue et soutenir la mission des Petites Soeurs en Centrafrique : pssf.com@gmail.com

    Bonne route vers Pâques !

    Vos petites sœurs de Centrafrique

  • Envoyées pour annoncer la tendresse de Dieu

    Nous Petites Soeurs, rassemblées pour témoigner, en fraternité,

    envoyées pour annoncer la tendresse de Dieu à nos frères et nos soeurs !

     

    Nous sommes filles de Mère Joséphine

    Quand nous gardons ses paroles,

    Pour incarner la compassion,

    Près des malades hospitalisés

    Nous sommes filles de Mère Joséphine

    Quand nous suivons son exemple

    Pour visiter dans les quartiers

    Amis et personnes isolées

    Nous sommes les filles de Mère Joséphine

    Quand nous ouvrons notre porte

    Pour rencontrer, partager, prier

    Dans la grande diversité.

    Nous sommes filles de Mère Joséphine

    Quand nous enseignons aux plus jeunes

    Pour apporter la confiance et la paix

    Joie de grandir en humanité

    Nous sommes filles de Mère Joséphine

    Quand nous servons  la congrégation

    Pour veiller à notre charisme

    Dans la bienveillance, la simplicité

    Nous sommes filles de Mère Joséphine

    Quand nous servons nos sœurs aînées

    Pour demeurer dans la bonne entente

    Joie, humilité et fraternité